l'ENSS, la bibliothèqe

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la maktaba, un lieu sacré pour les me7rathas

vendredi 13 mars 2009

Que dire des normaliens de Sousse ! (texte proposé par notre ami Lyes Annabi)

Que dire des normaliens de Sousse ! Ceux qui sont passés, même pour un court laps de temps, par l’Ecole Normale Supérieure de Sousse n’ont pas eu seulement l’insigne privilège d’avoir poursuivi des études dans une Grande Ecole, aujourd’hui malheureusement défunte du moins dans sa formule de l’époque, et d’avoir été encadrés par quelques uns des plus prestigieux professeurs du pays, mais ressentent comme l’impression de s’être fondus dans un espace privatif, de s’être débattus dans un cocon matriciel, celui des locaux sis à Taffala city, la bien nommée.
Si le normalien en général est connu pour être ce bosseur taciturne, rat de bibliothèque, dévoreur de livres et de théories devant l’Eternel, la sous-espèce de Sousse constitue à elle seule une bizarrerie de l’évolution : la vie dans un cadre renfermant tout à la fois les aires dévolues à l’étude et à l’hébergement pour les deux sexes, ainsi que celles réservées à la restauration (oh ! que ce terme est pompeux !) et aux loisirs fait mouvoir les heureux locataires dans une douce promiscuité que rien ne semble venir déranger, pas même les examens de fin d’année. Un normalien de Sousse qui se respecte possède ses codes vestimentaires particuliers (pensez au réservoir de mode qu’a pu être le fameux souk lahad pour les nouveaux arrivants !), son langage spécifique avec une imagerie que ne renieraient pas les tenants de la poïétique (pensez à tous les néologismes connus des seuls initiés), son humour à la l’intersection du persiflage et du sadisme macho, son engagement très « sibérien » (suivez mon regard…) en faveur de l’émancipation de la gent féminine, son sens de la fête bachique apprécié de tous les tenanciers de Sousse, etc.
Le système pédagogique qui prévalait à l’Ecole Normale de Sousse, dans ce qu’il avait de plus rigoureux et parfois de plus cruel pour les cartouchards, n’est jamais parvenu à altérer la bonne humeur contagieuse des normaliens et leur hédonisme de bon aloi. Même les épisodes les moins glorieux, comme ceux relatifs à la confrontation entre différentes sensibilités politiques, aux grèves à répétition ayant débouché, par exemple, en 1989 à l’annulation de la session de Juin, ou encore à la proclamation de résultats toujours en demi-teinte se meuvent en expériences vivifiantes lors desquelles s’exprime une solidarité de groupe sans faille (pensez à l’expérience sans nulle autre pareille de l’autogestion). Avoir été normalien de Sousse ne laisse pas indifférent, est pour beaucoup dans la constitution de la personnalité de générations entières d’apprenants, aujourd’hui de brillants enseignants, cadres et fonctionnaires, disséminés aux quatre coins du pays. Qu’ils reçoivent ici la reconnaissance et l’amitié de leurs pairs, facebookers et néanmoins normaliens de tout cœur.